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24 Octobre by Ariana | ||
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-Tonton, qu'elle crie, on prend le métro ? -Non. -Comment ça, non ? Elle s'est arrêtée. Gabriel stope également, se retourne, pose la valoche et se met à espliquer. -Bin oui : non. Aujourd'hui, pas moyen. Y a grève.
Ils sont chiants avec leurs grèves, quand même. Je veux bien qu'on soit en démocratie et qu'ils ont droit à des augmentations de salaire ; les temps sont durs pour tout le monde, on le sait. Moi par exemple, j'aurais fait n'importe quoi pour ne pas travailler à Clignancourt : c'est loin, c'est pas accessible et c'est juste sous le périphérique ; on sait même pas si on est à Paris ou en Banlieue c'est gris et loin et pas accessible et moi j'y travaille. Ça c'est les plaisirs de l'intérim trois mois à La Défense où c'est grand et neuf et avec le ciel partout, même dans les immeubles et puis après des vacances et après Clignancourt, tout gris à côté du périphérique si loin et pas accessible. Non, c'est pas pratique et ils sont chiants avec leurs grèves. De toute façon, c'est bien simple, chaque fois qu'il y a une grève, c'est Porte de Clignancourt-Porte d'Orléans qui s'arrête. Ça et le RER. Non, faut pas être méchant, le RER c'est que dans la Grande Banlieue que ça se déglingue. Avec mon bol habituel je me suis démerdé pour vivre à Nanterre. C'est neuf, c'est pas mal, mais c'est pas La Défense. Là ya tous les trains, tous les RER s'y arrêtent, mais Nanterre-Préfecture, c'est un peu la zone, alors que La Défense, c'est presque à Paris, même que l'année prochaine le métro va y aller. Ça leur fera une belle jambe, d'ailleurs, Chateau de Vincennes-Pont de Neuilly non plus c'est pas des non-grévistes... C'est ridicule, on a beau être au terminus, je ne vois pas comment on va tous entrer dans une rame de métro. Même serrés comme des sardines ce sera difficile en plus, voilà des étudiants de Paris six, non c'est Paris quatre, non ? Ou Paris huit ? Non, ça doit être Paris quatre. De toute façon, moi je ne connais que Paris dix, pas que j'y suis allé, d'ailleurs, mais Véronique passe devant quand elle va chez sa soeur. D'ailleurs je me demande pourquoi c'est toujours sa soeur qui vient chez nous et pas vice versa ? Elle est plutôt sympa la soeur de Véronique. Oui il faudra que je demande à Véronique pourquoi Sylvie ne m'invite jamais chez elle et Amédée. Ça ne me gênerait pas, Véronique dit que ça me dérangerait, mais moi je m'en fous, même si Amédée a redécoré l'appartement à l'Africaine ou je sais pas quoi, qu'est-ce que ça peut faire ? Pourquoi j'irais pas chez ma belle-soeur ? J'ai même pas une soeur à moi et puis c'est la tante de Paquerette, pourquoi est-ce qu'elle vient chez moi et ne nous invite pas ? On n'est pas obligés de manger si elle a pas assez pour tous nous nourir, je veux bien qu'elle et Amédée viennent manger chez nous tous les mois, mais je pourrais quand même aller la voir, que ce ne soit pas toujours Véronique et Paquerette... Ah ben voilà. Il n'y aura pas de métros et la station va fermer, c'est bien ce que je craignais. Alors, qu'est-ce que Véronique m'a dit ? Ah oui, prendre le bus à Porte de Montmartre. Elle me l'a écrit. Aïe, ils sont chiants ces gens, tellement pressés de monter les escaliers, c'est la troisième fois qu'on me marche sur les talons aujourd'hui ils vont ruiner mes chaussures. Véronique elle ne porte que des chaussons genre indestructible, même quand on sort, des trucs chinois, pas très à la mode mais il parait que c'est confortable. Mais comme je lui ai dit, j'aurais l'air à peine con avec des chaussons chinois en costume de cadre. Elle peut faire ce qu'elle veut avec Paquerette, vu qu'elle marche pas encore et pourquoi lui mettre des vraies chaussures elle c'est des genouillères et des gants qu'il lui faudrait plutôt quand elle se déplace enfin elle n'a que huit mois elle commence déjà à faire semblant de tenir debout c'est un signe d'intelligence. Si je vais par ici d'après Véronique je vais tomber sur la Porte Montmartre le terminus du bus quatre-vingt quinze j'espère que c'est bon à Saint-Lazare, qu'il y aura des trains comme normal heureusement que mon prof de Français m'entend pas comment je m'exprime quand je pense. C'est joli ce petit jardinet, non pas joli, c'est plein de crottes et les arbres sont pas beaux mais c'est une bonne idée... Merde, Véronique m'a dit de rester sur le Boulevard Ney et je suis Quelquechose Binet, Ney, ça doit être là où ya le marché là-bas, j'ai qu'à descendre cette rue. C'est bien un marché comme ça tiens des pommes-de-terre rouges j'en ai pas vus depuis longtemps, c'est pas étonnant remarque comme je vais jamais au supermarché. C'est un Champion ou un Casino le notre, je ne sais pas, c'est pas très égalitaire ça, laisser Véronique se taper tout le centre commercial pendant que moi je suis tranquille dans mon RER et mon métro, pas que le métro est tranquille, mais on peut s'y asseoir et c'est bien comme ça. Tu dois pas te laisser faire, qu'elle dit la belle-mère, c'est pas à toi de toujours faire la vaisselle. Elle sait même pas qu'on a un lave-vaisselle, qu'est-ce qu'elle s'imagine, que je vais laisser sa fille faire la vaisselle alors qu'elle a déjà le ménage à faire et à s'occuper de Paquerette quand je suis pas là. C'est vrai que je sais pas me servir du lave-vaisselle, moi, alors c'est toujours Véronique qui doit le remplir et tout, mais Véronique comprend toutes les machines, ya qu'à voir comment elle a arrangé le lave-linge, c'était que le filtre qui était bouché, et moi je pensais à appeller Darty... C'est bien mon bol, ça. Voilà un quatre-vingt quinze qui dit Gare Montparnasse, mais ya personne dedans et c'est fermé. Vingt-quatre. C'est chiant à la fin, j'arrête pas de me dire vingt-quatre et j'ai même pas de raisons de le faire. J'ai trente-cinq ans, Véronique en a trente-deux et Paquerette elle a huit mois, d'ailleurs si elle en avait vingt-quatre mois, ça ferait deux ans et j'y penserais pas. Pourquoi toujours vingt-quatre, d'ailleurs, ça doit être un bus à Saint-Lazare, mais moi je le prend pas et les métros, ça s'arrête à treize, celui qui va à Saint-Denis quand ça le chante. On est au troisième étage au 8 et appartement 109. Alors pourquoi vingt-quatre ? C'est bizarre, j'ai l'impression que le terminus, c'est pas ici, ya personne qui attend, juste les marchands et les clients du marché, et puis le bus vide, si ses lumières n'étaient pas en train de clignoter, on croirait qu'il est abandonné. Ya personne qui attend, mais Véronique m'a bien dit de traverser la Rue du Poteau, enfin elle m'en avait parlé, et voilà bien un bus, peut-être qu'il va partir bientôt, je ne sais pas, mais c'est bien, dès que je vois un quatre-vingt quinze qui passe, qui bouge, j'aurais qu'à le suivre. Ah, ben en voilà un, il s'arrête, il se vide, merde, il s'en va, je vais courrir après, on verra où il va, merde il va vite, il tourne le coin, et maintenant où il est, ah, voilà son derrière qui tourne au bout de la rue encore, il faut bien qu'il s'arrête quelquepart. Ah, ben voilà le terminus, juste dans la Rue du Poteau que j'ai traversé tout à l'heure. Véronique a du me dire que c'était dans la Rue du Poteau, pas juste après. Je suis vraiment une tache. C'est un beau bus, un double, comme le quatre-vingt onze, je me demande si tous les quatre-vingt dix sont grands comme ça. Voilà ma carte orange, la bonne femme dans son aquarium me regarde même pas, mais si un contrôleur passe, je serais en règle. C'est pratique, la carte orange, ils n'ont rien comme ça à Berlin, là-bas, les cartes ne font pas autant qu'ici, il parait que la RATP fait le meilleur réseau de transport urbain, ça se voit quand il y a grève, si tout n'est pas paralysé et on n'habite pas trop loin, on peut s'arranger à condition d'être informé... Et c'est parti ! J'espère qu'il y aura pas trop de monde, quoiqu'il parait qu'il n'y avait presque pas d'embouteillages ce matin, ils ont dit à la radio, moi j'étais dans le métro ce matin, quand il marchait encore, ça m'interressait pas. Dans deux heures peut-être je serais à la maison avec Véronique et Paquerette. Il sera dix-neuf heures, elles seront là, et pas chez Sylvie. Ce serait sympa si Sylvie avait un bébé avec Amédée, une petite fille, toute noire comme son papa. On les promènerait ensemble en disant, vous voyez comme c'est beau le mélange, une petite Paquerette toute blonde et un petit bébé noir. Je me demande pourquoi je ne vais jamais chez Sylvie. Paquerette, quelle tête elle a fait la belle-mère en voyant qu'elle s'appellait comme ça. Paquerette Mézières. C'est plutôt joli. Moi, je voulais l'appeller Julie, mais Véronique a dit qu'elle détestait les noms en -ine ou -ie, alors moi je pensais à Julie et Amandine, et on a choisi Paquerette. La belle-mère croit que c'est moi qui ai choisi ça, mais c'est Véronique, elle voulait un nom original et disait que Violette, ça fait petite vieille. Violette aussi c'est bien, mais Paquerette, c'est vraiment bien. C'est marrant les bébés, ça sent le pipi et le talc et ça n'arrêtte pas de changer, ça devient une petite personne et en dix-huit ans une grande personne. Elle pourra voter en 2009. C'est marrant de penser que des gens voteront en 2009. Pas qu'il y aura forcément des élections cette année-là, je ne sais pas, j'ai pas compté, mais penser qu'elle aura dix-huit ans en Février 2009, c'est bizarre. Seulement dix ans et ce sera le vingt-et-unième siècle. Moi je suis un post-baby-boumer, et elle ce sera quoi ? Une pré-vingt-et-unième, un bébé-europe, non, pas avant l'année prochaine, je ne sais pas... Marcadet, au moins je sais où je suis. Je me demande si c'était une personne, Marcadet. Je suppose que oui, peut-être. Il faudra que je regarde dans le Robert deux. Si, sûrement, on dirait un nom de personne. C'est pas très interessant comme trajet, ça, un hôpital, un grand mur autour d'un cimmetierre, pas très subtil à côté de l'hôpital. C'est dans un hopital que j'ai rencontré Véronique, celui des Enfants Malades, je crois. Elle était volontaire pour jouer avec les enfants, c'est tout Véronique, ça. Maintenant, elle joue avec Paquerette, mais peut-être que ça lui manque. Non, pas les Enfants Malades, elle me l'a dit après, tous ses petits avec le cancer, le sida, des enfants qui ne seraient jamais des grandes personnes. Oh, s'il y a un Dieu faites qu'il épargne ma petite Paquerette, ne jamais voir son petit visage sans cheveux, non, pas ça, mieux que ce soit moi, pas elle, pas Véronique. Moi, j'étais à l'hopital pour voir le gosse d'un ami, mais je me suis trompé, le garçon avait une fracture et je me suis retrouvé chez les petits malades, les vrais. Et Véronique m'a fait un sourire, si joli, et m'a accompagné au bon endroit et m'a dit de revenir aider les petits malades si je voulais être gentil. Je suis revenu le lendemain et on est parti déjeuner ensemble, on s'entendait bien pendant des semaines on s'est vu tout le temps et pendant les grandes grèves de quatre-vingt six, on pouvait pas se voir et puis on s'est à nouveau rencontrés, elle avait un appartement avec des amies à Etienne Marcel, et puis l'amour, c'est bien. Le mariage, c'est démodé, mais elle a dit je suis bête, mais c'est une bonne idée, tu sais, et puis Véronique Mézières c'est bien et Daniel et Véronique, Véronique, et Daniel, et Paquerette Mézières, c'est bien, oui... Place Clichy, on y est presque, dès que je vois la Gare, je descends. C'est pas loin, maintenant, et après attendre un train, et après marcher, mais rentrer à la maison, je vais demander à Véronique pourquoi on va pas tous chez Sylvie, elle va encore me dire que je suis bête, mais elle avait dit qu'elle aussi elle était bête quand elle m'a demandé ce que je pensais du mariage, pourquoi est-ce qu'elle a voulu m'épouser, moi qui suis bête ? Elle m'aime, c'est pour ça, et puis maintenant on a Paquerette, on risque pas de divorcer, elle dit, parce qu'on a attendu avant d'épouser quelqu'un et puis un bébé à trente-deux ans, ça compte plus que trois bébés avant trente ans. Je crois que c'est bien, oui... Merde, merde et merde, où il va maintenant, j'ai raté l'arrêt et voilà qu'on est devant la gare. Ça y est, il s'arrête, il était temps, je vais devoir traverser la place, maintenant, c'est pas grave, la SNCF est pas en grève encore une demi-heure plus un quart d'heure maximum d'attente et je serais chez moi après encore un quart d'heure de marche, disons une heure, j'y serais à dix-neuf heures, j'ai bien fait de partir tôt. Ils sont chiants avec leurs grèves.
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